Le décret du 4 septembre 2025 a fait entrer l’infirmier coordonnateur dans le code de l’action sociale et des familles. Pour le circuit du médicament, il clarifie une frontière qui se négociait jusque-là établissement par établissement : ce que l’IDEC pilote, ce qui reste au médecin coordonnateur, et ce que ni l’un ni l’autre ne peut porter seul.
Ce que le décret du 4 septembre 2025 change pour l’IDEC
Jusqu’en septembre 2025, la fonction d’IDEC existait dans presque tous les EHPAD sans exister dans les textes. Chaque établissement écrivait sa propre fiche de poste, avec des périmètres allant de la gestion des plannings à la responsabilité complète de l’organisation des soins. Deux IDEC de deux établissements voisins pouvaient exercer deux métiers différents.
Le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 a créé un article dédié dans le CASF, l’article D. 312-158-1. Deux conséquences immédiates pour votre organisation :
- L’équipe pluridisciplinaire minimale d’un EHPAD comprend désormais un infirmier coordonnateur, titulaire du diplôme d’État d’infirmier, au même titre qu’un médecin coordonnateur.
- Ses missions sont écrites : l’IDEC participe à la coordination de l’équipe paramédicale, à l’organisation et à la qualité des soins paramédicaux réalisés par l’équipe soignante, et contribue aux projets d’amélioration continue de la qualité des soins.
Le texte précise aussi le rattachement : l’infirmier coordonnateur exerce sous la responsabilité et l’autorité administratives du responsable de l’établissement, et sous l’autorité du cadre de santé lorsqu’il en existe un. Ce n’est pas un détail : cela situe l’IDEC dans la ligne hiérarchique de la direction, et non sous celle du médecin coordonnateur.
Quelles missions l’IDEC partage-t-il avec le médecin coordonnateur ?
Le même article dispose que l’infirmier coordonnateur concourt à l’exercice des missions du médecin coordonnateur mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 8° à 10° de l’article D. 312-158. Traduit en langage de terrain : le projet général de soins et le programme de prévention, l’avis sur les admissions, l’évaluation de la dépendance et des besoins en soins, l’application des bonnes pratiques gériatriques, la politique de formation, le rapport annuel d’activité médicale et l’articulation avec les réseaux et les outils numériques.
Ce que ce renvoi ne couvre pas est au moins aussi instructif. La présidence de la commission de coordination gériatrique, l’évaluation gériatrique, la liste préférentielle de médicaments et les prescriptions n’y figurent pas. L’IDEC organise le circuit du médicament ; il ne décide pas de son contenu thérapeutique. La ligne est nette, et elle est désormais écrite.
Circuit du médicament en EHPAD : qui fait quoi
| Étape | Médecin coordonnateur | IDEC | Pharmacien partenaire |
|---|---|---|---|
| Liste préférentielle | L’élabore avec les médecins traitants | Fait remonter les difficultés d’administration observées | Contribue à son élaboration |
| Prescription | Adapte aux impératifs gériatriques, prescrit dans les cas prévus | Hors périmètre | Analyse pharmaceutique de l’ordonnance |
| Préparation des doses | Valide les protocoles | Organise et contrôle le circuit sur site | Prépare et libère les piluliers en PDA externalisée |
| Administration et traçabilité | Définit les bonnes pratiques | Organise, forme, contrôle | Fournit un conditionnement identifié par résident |
| Écrasement des comprimés | Valide le protocole et la liste des formes concernées | Fait appliquer et tracer | Propose les alternatives galéniques |
| Erreur médicamenteuse | Analyse les causes, conduit le retour d’expérience | Signale, déclare, suit le plan d’action | Participe à l’analyse |
Les trois points où le binôme se grippe
1. Les modifications de traitement en cours de semaine. Retour d’hospitalisation, ajustement de posologie, arrêt d’un traitement : c’est là que le circuit se désorganise. Le médecin traitant modifie, l’IDEC récupère l’information quand elle arrive, le médecin coordonnateur la découvre parfois à la synthèse suivante. Une règle écrite de transmission des modifications, avec un canal unique et un délai, vaut mieux que trois habitudes parallèles.
2. La liste préférentielle qui ne redescend jamais jusqu’à la salle de soins. Elle existe, elle a été travaillée, elle dort dans un classeur. L’IDEC est le seul maillon capable de la faire vivre au quotidien, mais il n’a aucune légitimité pour l’imposer : elle n’est pas opposable aux médecins traitants, qui conservent leur liberté de prescription. Ce qui fonctionne, c’est le signalement remontant — quelles spécialités posent réellement problème à l’administration, chez quels résidents, à quelle fréquence.
3. L’asymétrie de présence. L’IDEC est là tous les jours ; le médecin coordonnateur quelques heures par semaine. Le décret de 2025 ouvre par ailleurs la possibilité de recourir, pour une durée limitée et après information de l’ARS, à un médecin coordonnateur intervenant de façon dématérialisée lorsque l’établissement ne parvient pas à disposer du temps de coordination requis. Utile face à la pénurie, mais cela déplace encore un peu plus la charge de continuité vers l’IDEC. Autant en tenir compte dans la répartition écrite des rôles. Nous avons détaillé ce dispositif et ses conséquences sur le médicament dans notre article sur la télécoordination du médecin coordonnateur.
La commission de coordination gériatrique, la seule instance qui tranche
Présidée par le médecin coordonnateur, elle est consultée sur la politique du médicament, dont la liste des médicaments à utiliser préférentiellement. L’infirmier en charge de la coordination de l’équipe soignante y siège. C’est donc l’endroit où les arbitrages entre le terrain et la prescription peuvent être actés plutôt que discutés dans un couloir.
En pratique, cette commission est souvent la grande oubliée des EHPAD. Une décision sur le circuit du médicament qui n’y est pas tracée n’a pas d’existence documentaire le jour de l’évaluation : l’évaluateur cherche une décision collégiale datée, pas un consensus oral.
Ce que la PDA externalisée déplace pour chacun
Pour l’IDEC, elle supprime le poste de travail le plus exposé de la semaine : la préparation des piluliers, avec ses interruptions de tâche et son absence quasi systématique de double contrôle. Le temps récupéré se redéploie vers l’administration et la surveillance, comme nous l’avons chiffré dans notre article sur le temps infirmier libéré par la PDA.
Pour le médecin coordonnateur, elle apporte une analyse pharmaceutique tracée de chaque ordonnance, un repérage des interactions et des médicaments potentiellement inappropriés chez le sujet âgé, et des données consolidées exploitables dans le rapport annuel d’activité médicale. C’est un appui à la déprescription qu’aucun autre acteur ne fournit.
Soyons précis pour autant : l’externalisation ne transfère ni l’administration, ni la traçabilité au lit du résident, ni la gestion des événements indésirables. Elle déplace les points de fragilité, elle ne les efface pas. Nous l’avons détaillé à propos du critère 3.6.2 du référentiel HAS.
Questions fréquentes
L’IDEC peut-il préparer les piluliers ?
Oui, en tant qu’infirmier diplômé d’État. Mais la question utile n’est pas celle du droit, elle est celle des conditions : local dédié, absence d’interruption, double contrôle, traçabilité des lots. Voir notre article sur la responsabilité dans la préparation des piluliers.
Le médecin coordonnateur peut-il prescrire ?
Oui. Au-delà des situations d’urgence déjà prévues, le décret du 4 septembre 2025 dispose qu’il peut assurer le suivi médical des résidents qui le souhaitent et réaliser pour ceux-ci des prescriptions médicales. Son contrat doit alors mentionner le temps de présence consacré à ce suivi et le nombre de résidents concernés.
La liste préférentielle s’impose-t-elle aux médecins traitants ?
Non. Elle n’est ni exhaustive ni opposable : les prescripteurs conservent leur liberté. Elle sert de référentiel commun pour harmoniser les prescriptions et limiter la iatrogénie médicamenteuse.
Faut-il un diplôme particulier pour être IDEC en EHPAD ?
Le décret exige le diplôme d’État d’infirmier. Il n’impose pas de diplôme complémentaire, même si les DU de coordination en EHPAD sont fréquemment demandés par les employeurs.
Parler de votre organisation
La Pharmacie Santé Bornes accompagne des EHPAD d’Île-de-France et de l’Oise sur la sécurisation du circuit du médicament, en lien direct avec l’IDEC et le médecin coordonnateur. Si vous souhaitez faire le point sur la répartition actuelle des rôles dans votre établissement, appelez-nous au 01 34 04 83 21 ou consultez notre guide complet de la PDA en EHPAD.
À lire également : ce que vous pouvez demander à votre pharmacien référent et l’écrasement des comprimés en EHPAD.
Cet article présente le cadre général issu du décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 et des articles D. 312-158 et D. 312-158-1 du code de l’action sociale et des familles. Il ne constitue pas un avis juridique.
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