Chez la personne âgée, un médicament parfaitement adapté à 50 ans peut devenir une source de chutes, de confusion ou d’hospitalisation à 85 ans. Les médicaments potentiellement inappropriés sont ceux dont le risque dépasse le bénéfice attendu, alors qu’une alternative existe. Les repérer est un travail d’équipe entre médecin, pharmacien et infirmier, et le pilulier est souvent l’endroit où ils deviennent visibles.
Pourquoi la personne âgée est plus exposée
Avec l’âge, l’organisme élimine moins vite certains médicaments, notamment ceux qui passent par le rein. La masse grasse augmente, ce qui prolonge l’effet des médicaments qui s’y stockent. Le cerveau devient plus sensible aux sédatifs et aux anticholinergiques. Et la polymédication multiplie les interactions.
Les conséquences sont connues : chutes, confusion, troubles de la mémoire, constipation, rétention urinaire, insuffisance rénale aiguë, hémorragies. Une partie significative des hospitalisations des personnes âgées est liée à un effet indésirable médicamenteux.
Les outils de référence
La liste française REMEDI[e]S
Publiée en 2021 dans l’European Journal of Clinical Pharmacology par une équipe de gériatres et de pharmaciens français, la liste REMEDI[e]S (REview of potentially inappropriate MEDIcation pr[e]scribing in Seniors) remplace la liste de Laroche, qui datait de 2007. Elle comporte 104 critères explicites et propose une démarche d’analyse en plusieurs étapes.
Les critères STOPP/START
Ces critères européens ont une double logique : STOPP repère les prescriptions à risque, START repère les traitements utiles qui manquent. La version 3, publiée en 2023, compte 133 critères STOPP et 57 critères START. Elle est largement utilisée en gériatrie et en pharmacie clinique.
Les familles les plus souvent en cause
Les benzodiazépines et apparentés
Utilisés contre l’anxiété ou l’insomnie, ils augmentent le risque de chute, de somnolence et de troubles cognitifs. REMEDI[e]S cible notamment leur utilisation prolongée dans l’anxiété, au-delà de douze semaines. Leur arrêt doit être progressif, jamais brutal.
Les médicaments à effet anticholinergique
Antihistaminiques de première génération, certains antidépresseurs tricycliques, certains médicaments de l’incontinence urinaire : ils exposent à la confusion, à la constipation, à la rétention urinaire et à la sécheresse buccale. Leurs effets s’additionnent lorsque plusieurs sont associés, ce qu’on appelle la charge anticholinergique.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens
Ils exposent au risque d’insuffisance rénale, en particulier chez les patients qui ont déjà une fonction rénale diminuée, ainsi qu’au risque d’hémorragie digestive, majoré en cas d’association avec un anticoagulant ou un antiagrégant.
Les inhibiteurs de la pompe à protons au long cours
Prescrits pour une durée limitée, ils sont souvent poursuivis pendant des années sans réévaluation. REMEDI[e]S cible leur utilisation prolongée au-delà de huit semaines sans indication justifiant une poursuite.
Les associations à risque
Au-delà de chaque médicament, ce sont parfois les associations qui posent problème : plusieurs psychotropes ensemble, un diurétique associé à un anti-inflammatoire et à un médicament du système rénine-angiotensine, plusieurs médicaments qui abaissent la tension chez un patient qui chute.
Ce que voit l’infirmier, ce que voit le pharmacien
Le pharmacien voit l’ordonnance complète, l’historique, les interactions. Il peut appliquer les critères de manière systématique. L’infirmier voit les conséquences : un patient plus somnolent depuis deux semaines, une chute inexpliquée, une constipation qui s’installe, un comprimé laissé dans le pilulier parce qu’il « fait tourner la tête ».
Les signes à transmettre :
- chutes ou malaises, en particulier après un changement de traitement ;
- somnolence diurne, confusion d’apparition récente ;
- constipation, rétention urinaire, bouche sèche ;
- baisse des apports en eau, qui fragilise la fonction rénale, surtout l’été ;
- refus répété d’un médicament.
Repérer ne veut pas dire arrêter
Le mot important est « potentiellement ». Un médicament figurant sur une liste n’est pas interdit : il signale une situation à réévaluer. Il peut être justifié chez un patient donné, en l’absence d’alternative. Et certains arrêts doivent être progressifs pour éviter un effet rebond ou un syndrome de sevrage.
La décision appartient au médecin. Le rôle du pharmacien et de l’infirmier est de signaler, avec des éléments précis, pour que la réévaluation ait lieu. Le bilan partagé de médication est l’un des cadres prévus pour ce travail chez les patients de plus de 65 ans polymédiqués.
Le rôle de la préparation des doses
La préparation des doses est un moment où chaque ligne de l’ordonnance repasse sous les yeux du pharmacien. C’est une occasion naturelle de repérer une association à risque, une durée de traitement qui s’éternise ou un dosage inadapté à la fonction rénale. En EHPAD, cette analyse s’inscrit dans les attentes du référentiel HAS sur l’alerte en cas de risque iatrogène : voir notre article sur le critère 3.6.2 et le circuit du médicament.
Chaque transition, entrée en établissement ou retour d’hospitalisation, est aussi une bonne occasion de réévaluer l’ensemble du traitement : voir notre article sur la conciliation médicamenteuse à l’entrée en EHPAD.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un médicament potentiellement inapproprié ?
C’est un médicament dont le rapport entre bénéfice et risque est défavorable chez la personne âgée, ou dont l’efficacité est douteuse, alors qu’une alternative plus sûre existe. « Potentiellement » signifie que la situation doit être évaluée au cas par cas.
Qu’est-ce que la liste REMEDI[e]S ?
C’est la liste française de médicaments potentiellement inappropriés chez la personne âgée, publiée en 2021 dans l’European Journal of Clinical Pharmacology. Elle remplace la liste de Laroche de 2007 et comporte 104 critères explicites.
Que sont les critères STOPP/START ?
Ce sont des critères européens qui repèrent à la fois les prescriptions à risque (STOPP) et les traitements utiles oubliés (START). La version 3, publiée en 2023, compte 133 critères STOPP et 57 critères START.
Faut-il arrêter un médicament figurant sur la liste ?
Pas de soi-même. La liste sert à signaler une situation à réévaluer. La décision appartient au médecin, et certains arrêts, comme celui d’une benzodiazépine, doivent être progressifs.
Quels signes doivent alerter au domicile ?
Des chutes, une somnolence, une confusion récente, une constipation, une rétention urinaire ou une sécheresse buccale inhabituelle peuvent être liées à un médicament et méritent d’être signalées.
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Cet article a une visée d’information générale et ne remplace ni l’avis du médecin prescripteur, ni les textes officiels, dont la version en vigueur fait foi. Informations vérifiées en octobre 2026.