« Combien je cote un pilulier ? » est l’une des questions les plus posées par les infirmiers libéraux. La réponse surprend souvent : la préparation du pilulier, seule, n’est pas un acte de la nomenclature. Elle se rattache à d’autres actes, avec des conditions précises. Voici ce que prévoit la NGAP, ce qui change avec l’avenant 11, et ce que cela implique pour l’organisation d’un cabinet.
Le principe : pas d’acte « pilulier » autonome
La nomenclature générale des actes professionnels (NGAP) ne contient pas d’acte qui rémunère la seule préparation d’un semainier. Remplir un pilulier pour la semaine, sans autre intervention, n’ouvre donc pas droit à une cotation spécifique.
La préparation est en revanche intégrée à plusieurs actes, soit parce qu’elle en fait explicitement partie, soit parce qu’elle s’inscrit dans une prise en charge globale. C’est là que se trouve la réponse, et c’est aussi là que se trouvent la plupart des erreurs de facturation.
L’accompagnement à domicile de la prise médicamenteuse
C’est l’acte qui se rapproche le plus d’une « cotation pilulier ». Il figure à l’article 10 du titre XVI de la NGAP.
- Cotation : AMI 5,1 pour la séance initiale, puis AMI 4,6 pour la deuxième et la troisième séance.
- Patient concerné : un patient non dépendant, polymédiqué, présentant des critères de fragilité identifiés par le médecin.
- Durée : trois séances réalisées dans un délai d’un mois maximum.
- Contenu : chaque séance comprend notamment la préparation du pilulier selon la ou les prescriptions en cours, mais aussi un travail d’éducation et d’évaluation de l’observance.
- Compte rendu : un compte rendu écrit est adressé au médecin.
- Renouvellement : une fois, sur prescription, dans les douze mois suivants.
Cet acte n’est pas fait pour une préparation au long cours. Il vise à rendre le patient autonome dans la gestion de ses traitements, sur une période courte. C’est une erreur fréquente de le considérer comme une rémunération hebdomadaire du pilulier.
L’administration d’une thérapeutique orale à domicile
La NGAP prévoit un acte d’administration et de surveillance d’une thérapeutique orale au domicile des patients présentant des troubles psychiatriques ou cognitifs, coté AMI 1,2. Un accord préalable est nécessaire au-delà du premier mois. L’acte ne s’applique pas en établissement de santé ni en EHPAD, à l’exception des résidences autonomie.
Ici, ce qui est rémunéré, c’est l’administration et la surveillance, pas la préparation. Mais pour ces patients, la préparation est un préalable indispensable, réalisé dans le cadre de la prise en charge.
Le bilan de soins infirmiers et la prise en charge des patients dépendants
Pour les patients dépendants pris en charge dans le cadre du bilan de soins infirmiers (BSI), la rémunération est forfaitaire selon le niveau de dépendance (BSA, BSB, BSC). La gestion des traitements, et donc la préparation du pilulier, s’inscrit dans cette prise en charge globale, sans cotation séparée.
Les règles de cumul entre les forfaits BSI et les actes d’aide à la prise médicamenteuse sont précises. En cas de doute sur un dossier, la CPAM ou les organisations professionnelles sont les interlocuteurs à solliciter avant de facturer.
La surveillance lors de la mise en route d’un traitement
Un acte de surveillance et d’observation d’un patient lors de la mise en œuvre d’un traitement ou de sa modification est coté AMI 1, avec une fiche de surveillance et un nombre de passages limité. Il ne rémunère pas la préparation, mais il est souvent mobilisé au moment d’un changement de traitement, qui est aussi le moment où le pilulier doit être refait.
Ce que change l’avenant 11
L’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers, signé le 31 mars 2026 et approuvé par arrêté publié au Journal officiel du 6 mai 2026, prévoit plusieurs évolutions :
- la revalorisation de la lettre clé AMI, de 3,15 € à 3,35 €, puis à 3,45 € au 1er novembre 2027 ;
- de nouveaux actes liés à l’administration des médicaments et à la surveillance clinique et thérapeutique, dont l’entrée en vigueur est échelonnée.
Les dates d’application de chaque mesure sont progressives. Avant de modifier vos pratiques de cotation, vérifiez la date d’entrée en vigueur de l’acte concerné sur ameli.fr ou auprès de votre CPAM.
Le vrai coût du pilulier pour un cabinet
Si la préparation n’est pas rémunérée en tant que telle, elle prend pourtant du temps : remplir les semainiers, vérifier les ordonnances, récupérer les traitements à la pharmacie, refaire un pilulier après un changement de prescription. Ce temps se loge souvent en dehors des tournées, en fin de journée ou le week-end.
Pour un cabinet qui suit plusieurs dizaines de patients sous pilulier, le total représente plusieurs heures par semaine. Nous avons détaillé ce calcul dans notre article sur le temps de préparation des piluliers chez l’infirmier libéral.
Confier la préparation : ce qui change, ce qui ne change pas
Quand la préparation est réalisée par l’officine, dans le prolongement de la dispensation, l’infirmier conserve ses actes : administration, surveillance, accompagnement, éducation. Ce qui disparaît, c’est la partie non rémunérée du travail, et le risque d’erreur qui l’accompagne.
La responsabilité se répartit alors clairement : la préparation engage le pharmacien qui l’a réalisée, l’administration et le contrôle au moment de la prise restent du ressort de l’infirmier. Nous avons détaillé ce partage dans notre article sur la responsabilité de l’IDEL dans la préparation des piluliers, et la mise en place dans notre guide de la PDA pour infirmiers libéraux.
Questions fréquentes
La préparation d’un pilulier se cote-t-elle seule ?
Non. Il n’existe pas d’acte NGAP autonome pour la seule préparation du pilulier. Elle est intégrée à d’autres actes, comme l’accompagnement à la prise médicamenteuse ou la prise en charge dans le cadre du bilan de soins infirmiers.
Qu’est-ce que l’accompagnement à domicile de la prise médicamenteuse ?
C’est un acte de la NGAP coté AMI 5,1 pour la séance initiale puis AMI 4,6 pour les deux séances suivantes, sur un mois maximum, pour un patient polymédiqué non dépendant présentant des critères de fragilité. Il est renouvelable une fois sur prescription dans les douze mois.
Faut-il une prescription médicale ?
Oui, pour coter un acte. L’aide à la prise des médicaments non injectables relève du rôle propre de l’infirmier, mais la facturation suppose une prescription.
Quelle est la valeur de l’AMI ?
3,15 € en métropole depuis janvier 2024. L’avenant 11 à la convention infirmière, publié en mai 2026, prévoit une revalorisation à 3,35 € puis 3,45 € au 1er novembre 2027. Vérifiez la valeur en vigueur sur ameli.fr.
Confier la préparation à une pharmacie fait-il perdre une cotation ?
Les actes d’administration, de surveillance et d’accompagnement restent ceux de l’infirmier. Ce qui change, c’est le temps non facturé passé à remplir les semainiers, qui disparaît.
Parlons de votre organisation
Vous voulez mesurer le temps que vos piluliers vous coûtent réellement ? Nous faisons le point avec vous, sans engagement, sur votre patientèle et ce que nous pouvons reprendre. Appelez-nous au 01 34 04 83 21.
Cet article a une visée d’information générale et ne remplace ni l’avis du médecin prescripteur, ni les textes officiels, dont la version en vigueur fait foi. Informations vérifiées en octobre 2026.